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27 janvier 2017

Espace réflexion et pratique sur la pédagogie personnalisée

Parce qu'il nous semble primordial d'étayer notre pratique par la réflexion et de mettre en pratique notre réflexion, nous vous proposons dans cet espace, de rendre compte de nos temps d'échanges et d'analyses sur la pédagogie personnalisée. 

Bonne lecture. 

Crédit photo : Sandrine Daniélé - Classe MS - Ecole de Maillé Créteil 94

ISFEC Lasalle Mounier travail_personnalisé_2
27 janvier 2017

Journée de réflexion - Le libre choix ? 

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Jeudi 20 octobre 2016, des enseignants se sont retrouvés à l’ISFEC Lasalle Mounier, à Paris.

Tout au long de la journée, ils ont pu réfléchir ensemble à la question suivante :

 

Comment se vit, aujourd’hui, le « libre choix » de Maria Montessori, dans la pédagogie personnalisée ?

  • Quelle place accordons-nous au choix de l’élève dans les modalités de travail proposées, plus particulièrement dans le travail personnalisé ?
  • Quel(s) choix autorisons-nous à nos élèves ?
  • Comment le libre choix est-il encouragé ?
  • Quel impact le libre choix de l’élève a-t-il sur la construction de ses apprentissages ? Sur le projet personnel de l’élève ?
  • Quel(s) impact(s) sur la construction de notre identité professionnelle ?

Textes d’appuis :

 ‘’Certains éducateurs, pédagogues, à l’image de J. J. Rousseau, préconisent la liberté de l’enfant en réaction contre une domination, une soumission à une autorité; la liberté de l’enfant n’étant imaginée que par rapport à une indépendance vis-à-vis de l’adulte.’’

(Pourquoi Montessori aujourd’hui ? p.64)

Contrairement à cela, Maria Montessori s’applique à montrer l’importance de l’adulte car il prépare l’environnement qui va encourager cette indépendance. « La vraie liberté… est une conséquence du développement… de conduites latentes soutenues par l’éducation. »

(Maria Montessori, L’esprit absorbant in Pourquoi Montessori aujourd’hui ? p.64)

Compte-rendu des échanges :

Nous comprenons dans les propos de Maria Montessori le rôle fondamental de l’École et de l’enseignant dans l’accession, par l’élève, à son autonomie, à sa responsabilisation. Il nous semble important d’insister ici sur le rôle de l’enseignant qui n’est pas de faire à la place de l’élève. N’est-ce pas ce que signifiait également le Père Faure lorsqu’il invitait chacun des élèves à construire son projet personnel. L’enseignant accompagne, guide. Il permet à l’élève d’exercer son libre choix. Mais ce libre choix, parce qu’il doit se construire et donc être accompagné, va s’exercer dans un environnement préparé par l’adulte, donc sécuritaire, rassurant pour apprendre.

Les formes de libre choix.

Dans nos classes, pendant le travail personnalisé, le libre choix s’exprime sous des formes différentes :

1. choix de la discipline

2. choix de la compétence ; de l’apprentissage ; de l’objectif

3. choix de ne pas travailler ce qu’on sait déjà, autrement dit, choix de ne travailler que sur ses besoins

4. choix des modalités de travail : seul, à plusieurs.

Laisser le choix aux élèves de travailler à plusieurs nécessite d’accepter qu’ils parlent entre eux. Les échanges verbaux sont nécessaires à la compréhension et l’apprentissage. Les interactions ne doivent donc pas être limitées. Pourtant elles peuvent déranger ceux qui, à côté, ont choisi de travailler seul. On peut alors décider d’organiser des zones dans la pièce (des coins pour ceux qui travaillent seul, des coins pour ceux qui travaillent à plusieurs). Si la structure du bâtiment le permet, on peut aussi investir le couloir ou une salle attenante à la classe.

5. choix du lieu de l’installation : à sa place, à une autre table, sur le sol avec un tapis

6. choix du support : le cahier, l’ardoise, le tableau, l’ordinateur, la tablette, …

7. choix entre plusieurs outils didactiques pour travailler un apprentissage :

Des outils différents peuvent être proposés en fonction des intelligences multiples

8. choix de la durée, de la répétition pour aller vers la maîtrise

9. choix de la quantité (nombre d’outils travaillés pendant un temps de travail personnalisé) :

Ce choix est lié au rythme de travail de l’élève qui comprend le respect du rythme de compréhension et du rythme d’exécution. Il est aussi lié à l’outil lui-même ; certaines manipulations requièrent plus de temps.

10. choix de manipuler à nouveau un outil avec lequel on a aimé travailler ou choix d’utiliser un outil même si on n’a pas besoin de travailler l’apprentissage auquel il exerce.

Nous interrogeons ce libre choix parce qu’on pourrait y voir une perte de temps pour l’élève. Or, il apparait que ce libre choix peut lui permettre de se rassurer, de se positionner dans une situation de réussite et de construire la confiance en soi nécessaire pour apprendre. Face à un élève qui demande au début du travail personnalisé s’il peut « faire » ou « refaire » un outil qu’il a aimé utiliser, l’enseignant réagit souvent par la négative ou en lui disant : « Travaille d’abord sur les apprentissages dont tu as besoin. Tu pourras « refaire » cet outil après (Ce qui signifie à la fin du temps de travail personnalisé, s’il te reste du temps !) »

Ne peut-on, au contraire, laisser le choix à l’élève de débuter le travail personnalisé par ce qu’il sait faire, ce qui le mettra, à coup sûr, dans une disposition favorable pour appréhender la nouveauté par la suite. Est-ce vraiment perdre du temps que de vivre des émotions positives ?

11. choix d’observer.

Ce choix est paradoxalement peu incité dans nos classes. Pourtant on apprend autant en observant qu’en faisant. L’observation est-elle considérée comme une modalité d’apprentissage dans nos classes ? Pouvons-nous donner davantage de place à l’observation dans le travail personnalisé ? L’observation fait partie du protocole d’une démarche scientifique. Il serait intéressant de travailler avec les élèves sur : « A quoi cela sert d’observer ? Comment observer ? ». Observer peut aussi rassurer avant de faire. Dans nos mises en œuvre du travail personnalisé, les élèves ont-ils le choix d’observer en attendant un outil ? Maria Montessori faisait le choix de ne mettre à la disposition des enfants qu’un seul exemplaire de chaque outil didactique. Lorsque l’outil souhaité par un enfant était déjà utilisé, soit il choisissait un autre outil, un autre apprentissage, soit il pouvait observer en attendant. Dans tous les cas, il apprenait que l’on ne peut pas tout avoir tout de suite, qu’il fallait attendre son tour et construisait des compétences sociales.

Puisque « savoir choisir » est une compétence qui s’acquiert, nous pensons qu’il faut expliquer ce qu’est le libre choix dans nos classes, les choix qu’ils vont pouvoir vivre. Parce que certains ont parfois tous les choix possibles à la maison, parce que d’autres n’en ont aucun, il nous semble nécessaire de fixer un cadre au sein duquel le libre-choix va s’exercer.

On pourrait d’ailleurs proposer aux élèves de gagner des choix (choix de m’installer où je souhaite, choix de travailler avec un ami, …); le comportement de l’élève au sein du cadre fixé ensemble permettant d’augmenter les choix, de gagner en libertés donc de construire peu à peu son autonomie. Par contre, il est important de faire savoir aux élèves qu’il n’y a pas de meilleur choix que celui qui est fait par chacun, pour lui, en fonction de ce qu’il est et de ses besoins.

Y-a-t-il des limites au « libre choix » dans nos classes ?

Il apparait nettement que les limites présentes sont celles que nous nous donnons, souvent parce que nous ne sommes pas prêts à accepter certaines libertés que pourraient s’octroyer nos élèves. Qu’en est-il par exemple du choix de ne rien faire ? S’il nous dérange, pourquoi ? Pourrait-il signifier que l’on a échoué ? Serait-ce la peur du regard extérieur nous jugeant ? Le rapport au travail questionne ; le droit de ne rien faire existe. Pourquoi ne pas l’acter, l’autoriser dans les règles fixées ? L’élève peut-il faire valoir son « joker » ? C’est une question qui peut être abordée avec les élèves dans le cadre de la mise en commun, des conseils d’enfants. Un moment de détente peut être autorisé pendant le travail personnalisé. Il peut aussi être une proposition efficace face à l’essoufflement, pour retrouver ensuite l’attention nécessaire qui mènera à la concentration.

Autre limite constatée par rapport au choix de l’outil : Il est très fréquent en maternelle, et même en élémentaire, qu’un élève choisisse un outil didactique non pas parce qu’il permet de travailler sur un apprentissage défini par l’enfant mais parce qu’il a des critères esthétiques (forme, couleur) qui attirent, qui correspondent à la sensibilité de l’élève. De même, un nouvel outil peut effrayer certains élèves alors que la nouveauté peut intriguer et rendre d’autres curieux.

Ce constat nous a permis d’échanger sur deux questions essentielles : Nos élèves arrivent-ils à se mettre en projet en faveur de la construction de LEURS apprentissages ? Pendant le travail personnalisé, font-ils des choix en fonction de LEURS besoins ?

Il semblerait, dans nos classes, que ce soit le cas pour les élèves plus avancés, plus scolaires. Ceux qui ont compris les enjeux de l’école sont les plus acteurs. Ils n’ont pas la crainte de ne pas y arriver, ils sont déjà en situation de réussite alors ils se lancent, ils avancent. Pour les autres, c’est plus ou moins difficile. Il apparait que le discours et le rôle de l’enseignant sont donc essentiels. A lui de mettre en place des conditions favorables, formatrices pour tous les élèves. Puisque l’adulte est celui qui construit l’environnement, que faisons-nous pour que l’élève devienne capable de choisir l’activité en fonction de ses besoins ? Mettons-nous en place avec les élèves une réflexion sur le statut de l’erreur, le tâtonnement dans l’apprentissage ? Voici quelques propositions :

Dans le discours qui est tenu aux élèves, ne peut-on pas tenir le discours de la compétence, dès la petite section ? Pour chaque mise en œuvre, expliquons clairement aux élèves ce que nous allons apprendre, la compétence que nous allons construire.

Apprenons le plus tôt possible aux élèves à s’autoévaluer en leur donnant du temps au cours de chaque séance d’apprentissage pour se questionner. Qu’est-ce que je suis en train d’apprendre ? Qu’est-ce que je comprends ? Est-ce que je serai capable de refaire seul ou avec de l’aide ? Qu’est-ce que je réussis ? Quels indices montrent que je réussis ? Quelles sont mes erreurs ? Qu’est-ce que j’ai besoin de (re)travailler ? Qu’est-ce que je vais (re)travailler pendant le travail personnalisé ? (Cette dernière question permet de créer du lien entre le travail personnalisé et les autres dispositifs.) L’autoévaluation peut s’effectuer à l’oral ou à l’écrit. Pendant le travail personnalisé, lorsque l’enseignant vient corriger le travail d’un élève, il peut l’aider à s’autoévaluer, dans une relation duelle. Nous sommes aussi convaincus de l’impact des mises en commun durant lesquelles chacun peut expliquer ses choix, sa « méthode », pour travailler en fonction de ses besoins, ses réussites et ses difficultés pour viser cet objectif.

Comme il est essentiel de donner du sens aux apprentissages, il est essentiel de donner du sens aux outils didactiques que nous mettons à la disposition des élèves pendant le travail personnalisé. Nous proposons donc d’écrire clairement sur l’outil la compétence qu’il permet de travailler, avec des mots ou des pictogrammes. Mais cela ne suffit pas. Il faut aussi faire le lien entre le travail personnalisé et les autres dispositifs de travail mis en place. Le temps de travail personnalisé n’est pas un moment à part et en plus. Toutes les organisations convergent vers un but : la construction de compétences. Des liens sont pensés en amont par l’enseignant dans sa préparation de classe. Mais s’ils sont évidents pour l’enseignant, ils ne le sont pas systématiquement pour les élèves. Sans que cela soit une obligation, les outils didactiques proposés pendant le travail personnalisé peuvent donc être d’abord utilisés pendant les temps de travail collectif ou dans les ateliers. S’ils ne sont pas manipulés, l’enseignant peut simplement annoncer l’arrivée de nouveaux outils. Quelques élèves qui les découvrent dans le cadre du travail personnalisé ou d’une autre organisation relevant de la différenciation pédagogique (travail avec l’enseignant ASH par exemple ou atelier de remédiation,…) peuvent les présenter aux autres, pendant la mise en commun et expliquer ce qu’ils permettent d’apprendre.

Lorsque le temps de travail personnalisé commence, invitons d’abord les élèves à observer leurs outils organisationnels (programmation, plan de travail) pour choisir les apprentissages sur lesquels ils vont s’exercer. Il est donc indispensable que les compétences soient précisées sur ces outils organisationnels. Plus tard, les élèves pourront planifier leur travail pour la séance de travail personnalisé suivante. Certains pourront même prévoir pour la semaine. Grâce à l’auto-évaluation, et avec l’aide de l’enseignant, chaque élève peut inscrire sur ses outils organisationnels ce qu’il doit travailler, ce qui est prioritaire, ce qu’il a acquis. Avec ses outils organisationnels, chacun peut se mettre en projet et observer sa progression. Si ces outils organisationnels sont indispensables à l’élève pour donner du sens à son travail scolaire, ils lui permettent également de construire son autonomie. Ils sont de plus de fabuleux outils de suivi pour l’enseignant et pour les parents.

Conclusion 

Nous souhaitons conclure ce compte-rendu en témoignant de l’impact d’un enseignement dans lequel se vit le libre choix des élèves sur la construction de notre identité professionnelle. Si, dans un premier temps, le travail personnalisé déstabilise en raison de la densité du travail à anticiper (l’organisation à penser, le matériel à concevoir), il permet à l’enseignant de découvrir et d’avoir la certitude que l’on peut « enseigner autrement ». Le rôle de l’enseignant change, il faut accepter de lâcher prise, de ne pas tout contrôler mais il gagne en qualité. L’enseignant se sent plus efficace dans l’aide qu’il peut apporter à chacun, plus utile, plus proche de chaque élève. Il accompagne, guide, ne se positionne plus devant l’élève mais à côté de lui et avec lui. Les relations qui se construisent entre l’enseignant et les élèves sont alors modifiées et reposent davantage sur une confiance réciproque. Les élèves osent dire, se sentent reconnus et font des propositions pour créer avec l’enseignant un environnement porteur. Lorsqu’on a expérimenté le travail personnalisé avec les élèves, on ne peut plus faire marche arrière !

Les enseignants ayant participé à cette journée de réflexion : Nathalie BEAUFRERE, Claire CHARPENTIER, Julie CHRISTEN, Pierre-Antoine COENE, Mélanie CUSTODIO, Mélanie DAMBRE, Sandrine DANIELE, Maryse FRAEYMAN, Laurane GAUTHIER, Laura JAN, Claire MARCUS, Emilie PIERRE, Mathilde REMY, Béatrice SCHMITT, Amélie SHOEIBI, Ségolène TROTON.

 

 

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15 juin 2017

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« Différenciation pédagogique : comment adapter l’enseignement pour la réussite de tous les élèves ? »

La conférence de consensus organisée par le CNESCO et l'Ifé/ENS Lyon s’est déroulée à Paris les 7 et 8 mars derniers.

Suite à la conférence, des recommandations pour une différenciation pédagogique efficace orientée vers la réussite de tous les élèves ont été rédigées par les membres du jury constitué de 18 acteurs de terrain (enseignants, chefs d’établissement, conseillers pédagogiques, inspecteurs, formateurs…) et présidé par l’universitaire Marie Toullec-Théry.

Vous pouvez lire ces recommandations et retrouver toutes les informations et vidéos de cette conférence en cliquant sur le lien suivant :

Les recommandations pour une différenciation pédagogique

6 septembre 2017

Les coups de coeur du forum outils 2017

Voici les coups de coeur que vous avez choisis au cours de la journée du 26 avril 2017 !

  • N°1 : Cachajou
  • N°2 : Le sacre du roi
  • N°3 à égalité : Maths Attack et Poélise
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  • N°7 à égalité : Qui sera le plus rapide ? Le marché de l’école, Voyage au pays des contes
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